Thématique: PRESSE

Climat : la désobéissance de masse arrive en France

Article Journal Libération – 29 juin 2019 - Depuis le début de l’année, les mouvements écologistes ont de plus en plus recours à des actions non-violentes, souvent menées par des militants très jeunes. Vendredi, deux de ces mouvements ont organisé une double occupation à Paris

Des jeunes militants pour le climat, assis en rangs serrés à chaque extrémité d’un pont, drapeaux à la main et slogans plein la bouche. Des jeunes militants aspergés de gaz lacrymogène, portés ou traînés par les CRS qui tentent de rouvrir le pont à la circulation, mais qui, inlassablement, forment une nouvelle ligne de barrage quelques mètres plus loin. La scène avait lieu ce vendredi midi, sur le pont Sully à Paris à l’appel de l’organisation écologiste Extinction Rébellion. Pourtant elle aurait pu avoir lieu n’importe où en Europe, tant les militants environnementaux multiplient le recours à la désobéissance civile pour crier l’urgence climatique. Ce vendredi, les branches française et allemande de Youth for Climate, une autre jeune association, ont aussi organisé le blocage plusieurs heures durant d’une rue menant à l’Elysée et une chaîne humaine autour du Bundestag à Berlin. A Bruxelles, c’est un die-in qui a eu lieu dans le hall d’embarquement de l’aéroport.

«On sait qu’on est dans l’illégalité, mais on est prêts à se faire arrêter. La désobéissance civile de masse, c’est ce qui marche le mieux pour faire avancer une cause. L’Histoire l’a montré», affirme Matteo, les yeux encore rouges après sa participation au blocage du pont de Sully. A 19 ans, il est membre d’Extinction Rébellion depuis quelques mois.

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Montpellier : A la Saint-Valentin la poésie plutôt que la pub

Source: La Marseillaise 15/2/2017. « Faites l’amour, pas les magasins ». Un slogan que le collectif des Désobéissants glisse en lieu et place des publicités consuméristes. Près de deux-cent cinquante affiches ont ainsi été remplacées par des dessins et poèmes à l’occasion de la Saint-Valentin.

« Rêvez », « pensez », « semez »… mais n’allez pas nourrir les porte-feuilles des multinationales, gaver les chaînes de malbouffe, abreuver les supermarchés, retenez-vous de contenter les capitalistes de tous poils qui s’engraissent sur le dos des petites gens rêvant d’amour et de tendresse, d’attention et de caresses… Désobéissez à l’injonction d’être un bon amoureux, une bonne Valentine en passant à la caisse.

Dans la nuit de vendredi à samedi, près de deux-cent cinquante panneaux publicitaires de Montpellier ont été malicieusement détournés de leur fonction. Lire la suite

La Turquie demande 2500€ à Xavier Renou, suite à une action pour la Paix

Notre camarade Xavier Renou était convoqué le 13 octobre 2016 à la barre du tribunal de police à Paris pour « dégradation légères », suite à une action non-violente et symbolique visant à dénoncer la répression du régime de Erdogan vis à vis de la population kurde en Turquie. L’avocat représentant le régime turc a  demandé plus de 2500€ de dommages et intérêts… Le prix pour faire taire la Paix sans doute ? ! Le jugement sera rendu le 3 novembre. 

Faire un don en soutien.

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Reportage chez les néo-activistes – Les Désobéissants : l’art de militer en dix leçons

Brigade des Clowns, Déboulonneurs, Clan des néons. L’activisme a pris ces dernières années une apparence sympathique propre à séduire les médias. Les nouveaux militants sont-ils pour autant devenus des rigolos ? Fluctuat est allé assister à un stage de désobéissance civile organisé par les « Désobéissants », à Strasbourg, où les apprentis contestataires se nourrissent à l’expertise militante et aux débats stratégiques.

Illrich, banlieue de Strasbourg. Les coups de flashball du Sommet des 3 et 4 avril de l’OTAN résonnent encore dans les têtes. Xavier Renou, fondateur des Désobéissants, et son apprenti formateur Baptiste sont invités par de jeunes militants alsaciens à transmettre les mille et unes leçons de l’action directe non-violente. Et oui, militer aujourd’hui n’a rien d’une partie de plaisir : « Résister c’est créer« , ne croit pas si bien dire Miguel Benasayag, un des maîtres à penser de l’activisme non-violent. La routine militante a vécue. Société de communication oblige.
Désobéir, c’est bien. Devant les caméras et avec le sourire, c’est mieux. Faucher des champs d’OGM, s’attacher à un camion, bloquer un train qui transporte des déchets nucléaires en coinçant ses bras sous les rails… Tels sont les scénarios médiatiques testés dans les stages de désobéissance civile avant d’être appliqués en grandeur nature. Alors, humour et activisme font bon ménage, certes, mais il ne faut pas en abuser, nous rappelle Xavier Renou dans la gare en partance pour l’Alsace.

Robocop vs ange gardien

Durant l’atelier média et les jeux de rôle CRS-militants, les étudiants es-désobéissance aiguisent leur regard de scénariste. Enthousiaste, Perle se verrait bien poursuivre avec un des stages de clownactivisme organisé par les Désobéissants, elle qui se déguise déjà en clown dans les hôpitaux ; Baptiste lui est tenté par celui d’escalade militante. Mais les étudiants ne sont pas là que pour la communication militante, ils veulent aussi connaître leurs droits et débattre des modes d’activisme, devenir experts. Dans la séance méthodologique de l’après-midi, Xavier et Baptiste récitent alors la Bible de l’activisme efficace, celui qui sait éviter les risques inutiles et les grosses amendes.

Tout est dans l’équipe. Quand les « activistes » seront attachés au camion, les « anges gardiens » les appuieront, tandis que « les médiateurs » assureront la cohésion de l’équipe et que « les coordinateurs » gèreront le tout. Sans compter les « portes paroles », les « contacts juridiques » et le « contact presse ».

Pour faire fonctionner cet attelage, insiste le formateur, il est très important d’aller tous boire un coup à la fin de l’action et/ou d’aller soutenir les copains envoyés en garde à vue. Car, au cas où l’affaire Coupat ou la loi sur les bandes ne suffiraient pas à leur rappeler, désobéir est de plus en plus risqué juridiquement. Ou physiquement. Le stage prépare les militants à ces deux dangers : physiques et moraux.

Storytelling ou guérilla ?

Passé par Greenpeace, Xavier Renou a vécu les dérives de l’ONG adepte du marketing vert et des grands coups médiatiques. Jouer le jeu des médias, d’accord, mais à contre cœur. Derrière le storytelling des Désobéissants se terre une stratégie de guerre médiatique, le « hit and run » né de la guérilla : scruter la faille de l’adversaire, y frapper un grand coup, se replier, puis recommencer…

Le bon cliché doit symboliser la justesse de la cause et passer les adversaires pour les vrais dangers aux yeux de l’opinion publique. Cas exemplaire de coup de poing médiatique, le PDG de Numéricable qui renverse un gréviste et lui cause une triple fracture, le tout filmé par les Désos. Loin de former des utopistes naïfs, le stage enseigne aussi que la désobéissance civile a un coût. Pour avoir aspergé Hubert Védrine de faux sang, Xavier Renou paiera une amende de plusieurs milliers d’euros… Le coût de l’illégalité.

Mais pour les militants en herbe, la cause, de la décroissance au droit au logement en passant par la lutte contre la pollution visuelle, ça n’a pas de prix. Après avoir bûché leur méthodologie pendant les vacances scolaires, ils n’ont qu’une hâte : passer à l’acte. A Xavier Darcos qui refusait pendant les grèves universitaires de délivrer des doctorats en blocage, les Désobéissants répondent par un large sourire de clown… Et de façade.

Emmanuel Haddad – Fluctuat.net