Montpellier : A la Saint-Valentin la poésie plutôt que la pub

Source: La Marseillaise 15/2/2017. « Faites l’amour, pas les magasins ». Un slogan que le collectif des Désobéissants glisse en lieu et place des publicités consuméristes. Près de deux-cent cinquante affiches ont ainsi été remplacées par des dessins et poèmes à l’occasion de la Saint-Valentin.

« Rêvez », « pensez », « semez »… mais n’allez pas nourrir les porte-feuilles des multinationales, gaver les chaînes de malbouffe, abreuver les supermarchés, retenez-vous de contenter les capitalistes de tous poils qui s’engraissent sur le dos des petites gens rêvant d’amour et de tendresse, d’attention et de caresses… Désobéissez à l’injonction d’être un bon amoureux, une bonne Valentine en passant à la caisse.

Dans la nuit de vendredi à samedi, près de deux-cent cinquante panneaux publicitaires de Montpellier ont été malicieusement détournés de leur fonction.

Au matin, les passants ont pu découvrir des dessins d’artistes ou d’enfants, des poèmes, des citations en lieu et place des incitations à posséder ou offrir le dernier smartphone, le corset de femme fatale sur un corps parfaitement retouché ou le menu XXL bacon et sauce piquante.

« Pour la Saint Valentin, l’amour n’est pas dans les magasins ». Le slogan fait suite à celui de la première opération organisée par le collectif des Désobéissants antenne Sud (mouvement d’actions non violentes) à l’occasion des fêtes de Noël : « de l’art dans la rue plutôt que de la pub ». « On ne peut plus se déplacer en ville sans voir de la publicité partout, nous voulons nous réapproprier l’espace public », dénonce Florence. « La pub a le monopole de l’expression et notre action est une façon de montrer ce matraquage. Sur chaque arrêt de tramway, on compte 16 affiches de 2 m2, soit 32 m2 et Montpellier centre compte 500 panneaux au minimum, c’est très agressif », pointe Julien.

Papiers et néons à foison

Les petits groupes de désobéissants se dispersent dans la ville à l’assaut des panneaux d’affichage, à visage découvert. Une intention destinée à assumer l’action illégale et à permettre une ouverture au dialogue. Jusqu’à présent, la police n’a effectué que des contrôles d’identité et des rappels à l’ordre. Quant aux passants, ils semblent conquis par la démarche. « Nous ouvrons les panneaux, grâce à des clés bricolées, nous jetons les affiches et les remplaçons par un dessin. On éteint également les néons, mais on ne casse rien, décrit Yohann. Les seuls messages que nous n’enlevons pas sont les annonces culturelles et les campagnes d’associations. »

Le propos des Désobéissants n’est pas de dénigrer les fêtes - même si certains trouvent « la Saint-Valentin ridicule et sans autre intérêt que commercial » - mais de dénoncer l’injonction consumériste, la mainmise des annonceurs les plus riches et le gaspillage. « Les affiches sont toutes jetées et changées chaque mercredi, précise Julien. Quant aux néons, il y en a quatre par panneau, allumés toutes les nuits ». C’est donc à la bougie que les Désobéissants invitent à s’aimer.

Hélène Gosselin

Facebooktwittermail