Action de masse à l’expo des (fausses) Solutions COP21 au Grand Palais

Une action de désobéissance civile réunissant des dizaines de militants a réussi à sérieusement perturber le lancement de l’expo Solutions COP21 aujourd’hui 4 décembre au Grand Palais, à Paris.
Nous avons été expulsés manu-militari par la police.

Les portes devaient ouvrir à midi, mais la queue s’allongeait devant le Grand Palais. A voir les personnes qui attendent au soleil devant les barrières, on imagine qu’une bonne moitié sont des militants venus rendre visite aux multinationales de l’écoblanchiment. L’action sera massive – si on nous laisse entrer.

Opération Green Washing par Télébocal : Regardez le copain qui se fait embarquer
violemment à 13mn30 et l’autre qui se fait cueillir à 15mn50, c’est surréaliste.

On a beau s’attendre à certaines mesures de sécurité, ce sont des forces de police « robocop » en nombre qui assistent les vigiles. On entre au compte-goutte. « Entrée libre », qu’ils disaient. Plusieurs se voient en fait refuser l’entrée, suspects parce que trop chevelus, imprudents ou malchanceux. Ils protestent d’un contrôle au faciès qui éjecte les indésirables comme des citoyens de seconde zone. Plusieurs militants du collectif des désobéissants se voient aussi bloqués après avoir été reconnus par un physionomiste.

Action-GrandPalais-grimpeur-041115Ceux qui parviennent à passer doivent subir trois fouilles à corps successives en quelques mètres sous l’oeil des « forces de l’ordre », et vider leur sac avant de pouvoir franchir un portique de sécurité. Bienvenue dans la France en état d’urgence.

A l’intérieur, on sent une ambiance tendue. Les multinationales tentent d’aborder les visiteurs pour leur montrer leurs dernières trouvailles prétendûment écolos, à travers des lunettes de réalité virtuelle. On retrouve quelques connaissances qu’on suit du regard. Sur l’ensemble des visiteurs du salon, on a l’impression que la moitié sont des militants, l’autre moitié des policiers en civil sur le qui-vive, et la troisième moitié des journalistes attendant qu’il se passe quelque chose.

Une masse critique se forme peu à peu devant le stand d’Engie (GDF Suez) champion des mines de charbon et autres énergies fossiles. Et c’est parti. Un militant prend la parole à haute voix, d’autres brandissent des messages. Immédiatement ceux qui applaudissent ou esquissent un mouvement se voient encerclés par des policiers en civil. Le discours continue, ininterrompu, sous les nombreuses caméras toujours prêtes à dégainer. L’orateur est talentueux et ne se laisse pas faire. Il choisit d’avancer pour entamer un « toxic tour » des multinationales des fausses solutions, parmi lesquelles Avril-Sofiprotéol (OGM, agrocarburants…) ou Vinci (Notre-Dame-des-Landes). On peut aussi parler de Coca Cola, sponsor de la guerre en Irak avant d’opter pour la COP.

Son: Reporterre

Une courte négociation s’opère avec les civils. Ils acceptent de nous laisser avancer pour visiter trois stands emblématiques. Nous avançons d’une vingtaine de mètres, pour mieux être à nouveau bloqués, pour de bon cette fois. Coincés entre deux rangées de policiers musclés et peu enclins à la plaisanterie, et deux cloisons dont celle du PC sécurité du salon.

A part ça, l’ambiance est bonne. Les militants chantent « Si tu aimes le greenwashing, tape dans tes mains », puis scandent «Le danger c’est pas nous, le danger c’est eux !». On entend aussi «Etat d’urgence climatique!»

Les journalistes filment toujours leur orateur préféré. On sent que la présence des caméras nous protège un peu. Mais subitement, les gros bras bondissent pour agripper ce qu’ils prennent sans doute pour le meneur de ce trouble à l’ordre public, sans réfléchir où se trouve le véritable trouble. C’est violent. Dans la bousculade, des personnes sont renversées.

Mais plus loin, on entend des éclats de voix et des slogans. D’autres entrent en action. Ils sont rapidement interpellés et viennent nous rejoindre.
Nous sommes une trentaine coincés dans cette joyeuse nasse. Si ce n’était pas sous la contrainte, ce serait franchement agréable.

Au bout d’un moment, on nous annonce que nous avons le choix de sortir ensemble… ou un par un. Nous, on préfère rester, on voudrait continuer la visite.
On sent une certaine nervosité dans le camp adverse, allez savoir pourquoi. Puis subitement, un autre militant est embarqué manu militari.

Les militants resserrent les rangs, s’assoient et se tiennent fermement, adoptant la tactique de la « tortue » pour retarder l’évacuation.

Je suis agrippé à mon tour, j’attrape une main et résiste, avant de me faire éjecter et accompagner fermement par deux policiers. Les militants (et les journalistes) sont tous expulsés un par un, certains se laissant porter par les policiers-déménageurs.

A l’extérieur, nous sommes à nouveau encerclés, en attendant les instructions. Des robocops relèvent nos identités. Un journaliste d’une grande chaîne nationale se plaint aux policiers d’avoir été jeté à terre dans la bousculade, d’avoir subi un choc à la tête en tombant en arrière. Il annonce qu’il portera plainte. Un autre journaliste a également été blessé à l’avant du crâne.
Puis arrive une dame respectable, en état de choc. En pleurs, elle fait une crise d’asthme et de panique, n’en revient pas d’avoir été traitée de la sorte alors qu’elle visitait l’expo. Elle agrippe son inhalateur en vacillant, demande à s’asseoir, s’appuie contre un mur. Une « victime collatérale » parmi d’autres embarquées dans le mouvement.

Les ordres arrivent, nous sommes un par un escortés jusqu’à l’entrée du métro, enfin libérés.

Mais rapidement, on perçoit du bruit du côté de l’entrée du Palais. Là, un militant a réussi à escalader un lampadaire et brandit une banderole. Les slogans fusent. La foule engagée l’applaudit et le protège. Mais les gendarmes mobiles arrivent rapidement au pas de charge. Et peu après, c’est à coups de gaz lacrymogène que l’attroupement protecteur est écarté avant que des spécialistes, juchés sur une estafette, viennent s’encorder pour descendre le grimpeur.

Les accès à l’expo sont fermés, les forces de l’ordre arrivent en nombre, repoussent les perturbateurs.
Tout va bien, tout est sous contrôle.

Le sujet de l’AlterJT n°89

 

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