Réapprendre à désobéir

EXPÉRIENCE SCIENTIFIQUE

Quand la télé vous manipule

Le Point - 24 février 2010 - Par Emmanuel Berretta

En 1963, le professeur de psychosociologie Stanley Milgram inventait une expérience démontrant à quel point un individu peut obéir à un ordre contraire à ses valeurs, à savoir en l'occurrence infliger des décharges électriques de plus en plus fortes à un prétendu cobaye. Une expérience popularisée par le film I comme Icare, d'Henri Verneuil. Le cobaye était, en fait, de mèche avec le professeur et ne recevait nullement ladite électrocution. Il était situé dans une pièce voisine et se contentait de gémir en fonction des voltages de plus en plus puissants... Tout cela n'était qu'un subterfuge de manière à examiner le comportement de celui qui, obéissant aux injonctions du professeur Milgram, était capable d'infliger la charge électrique maximale. À l'époque, 62 % des personnes avaient obéi jusqu'au bout en se mettant dans "un état agentique", selon l'expression du professeur... 47 ans plus tard, combien d'entre nous, placés dans des conditions identiques, sont capables d'infliger jusqu'à 460 volts ? C'est ce que France 2 a voulu tester, en s'appuyant sur l'équipe du professeur Jean-Léon Beauvois, chercheur en psychologie sociale, dans un documentaire passionnant, Le Jeu de la mort , réalisé par Christophe Nick, diffusé le 17 mars prochain en prime time.

France 2 a légèrement modifié les paramètres de Milgram. Ici, il s'agit de vérifier l'impact de l'autorité quand celle-ci, au lieu d'être incarnée par un scientifique en blouse blanche, repose entre les mains d'une simple animatrice télé, en l'espèce, Tania Young. L'équipe du professeur Beauvois a donc reproduit l'expérience de Milgram, mais en la transposant dans un faux jeu télévisé. Une petite annonce passée dans la presse a permis de sélectionner 80 candidats. Chacun d'entre eux pensait participer au pilote (non diffusé) d'un nouveau jeu télé pour le compte de France Télévisions. Leur participation est bénévole. Un public est présent, qui applaudit comme dans les vraies émissions de jeu...

Le supplice de la chaise électrique

Le jour du tournage, les personnes sélectionnées se voient expliquer la règle : elles devront questionner un autre candidat (en fait, un acteur de mèche avec les scientifiques), lequel devra retenir 27 associations de mots. À chaque mauvaise réponse, le questionneur devra, en guise de "punition", pousser un levier et ainsi soumettre le candidat fautif à une décharge électrique de plus en plus importante. Le spectre du voltage part de 20 volts pour aller jusqu'à... 460 volts, en grimpant par tranche de 20 volts... Première surprise : aucun des 80 postulants ne conteste, à ce stade, le principe même du jeu. Comme chez Milgram, l'acteur n'est pas visible du questionneur. Il entre dans une capsule où on l'attache à une chaise électrique, puis on referme la capsule. Si bien que le questionneur est entretenu dans l'illusion que les décharges sont réelles, car il entendra les réactions à la douleur du faux candidat, mais ne le verra pas gigoter sur sa chaise. Et pour cause : l'acteur sort de la capsule par un petit passage secret, dissimulé à l'arrière. Ce qui va se passer à partir de là nous plonge dans une certaine horreur...

À 80 volts, devant la douleur (feinte) de l'électrocuté, le rire du questionneur est la première réaction de décompression. "Le rire relaxe et permet au cobaye de poursuivre vers de plus hauts voltages", explique Jean-Léon Beauvois. À 180 volts, les cris de l'acteur sont plus vifs : un premier groupe de questionneurs se rebelle. "À ce moment-là, 17 % des questionneurs décident de tricher en appuyant de la voix les bonnes réponses au QCM", observe le professeur Beauvois. À 320 volts, l'acteur supplie d'arrêter le jeu, mais l'animatrice Tania Young presse le questionneur : "Ne vous laissez pas impressionner, continuez..." Comment poursuivre la torture ? 70 % de ceux qui persistent nient la victime en parlant pendant qu'elle crie. À 380 volts, l'acteur ne réagit plus. Le silence fait croire que la décharge l'a fait s'évanouir. Et malgré cela, 80 % des questionneurs vont au bout de l'horreur... C'est plus qu'en 1963 ! Sur les 80 personnes testées, trois n'ont pas souhaité que leur passage figure dans le documentaire. Sur ces trois personnes, deux font partie des désobéissants. Plus intrigant, le "champion des rebelles" a refusé de se montrer. Il s'agit d'un individu qui, non seulement, a désobéi, mais a réussi à retourner en sa faveur le public de l'émission afin que cesse le tournage.

Désobéir ? Un exploit

Désobéir ? Visiblement, c'est difficile pour un individu isolé, soumis à la pression, même d'une simple animatrice. Ils ne sont donc que 17 sur 80 à avoir osé se rebeller contre l'autorité. La situation de l'expérience est, bien entendu, artificielle et mérite d'être relativisée. "Ceci ne se produirait pas dans le cadre d'une entreprise où un individu, soumis à un ordre contraire à ses principes, pourrait toujours s'appuyer sur, par exemple, ses collègues pour refuser d'obéir." Ici, l'individu n'a aucun recours. Il passe pour la première fois à la télé. Les caméras, les lumières, le public, tout l'impressionne. Et puis, il a confiance dans la production qui, pour l'inciter à aller plus loin, lui fait savoir, par l'intermédiaire de l'animatrice, qu'elle le décharge de toutes ses responsabilités... Le cobaye subit cinq degrés d'injonction. Si, à la cinquième, il continue à résister, le jeu s'arrête. L'expérience le considère comme un désobéissant.

L'équipe de Jean-Léon Beauvois a introduit des variantes sur un petit échantillon des cobayes. Dans la première d'entre elles, l'animatrice se retire et confie la maîtrise du jeu au seul questionneur. Dès lors, sans la pression de l'autorité, le taux de désobéissance monte à 75 %. Deuxième variante : introduire un conflit entre deux autorités légitimes. Le scénario est le suivant : à 180 volts, une personne de la production fait irruption sur le plateau sur le mode "On arrête tout, ça dérape, c'est une catastrophe !" Tania Young, au contraire, insiste pour poursuivre le tournage. Le questionneur observe donc que quelque chose cloche. Il doit choisir son camp : l'animatrice ou la chargée de production...

"La télévision est mûre pour tuer"

C'est ici l'une des différences majeures avec l'expérience de Milgram, lequel avait lui aussi introduit ce conflit entre autorités : en 1963, la désobéissance était massive. Aujourd'hui, les questionneurs ont continué à pousser les décharges en se rangeant aux ordres de l'animatrice Tania Young ! "Des situations qui produisaient le désordre n'en produisent plus", constate le professeur Beauvois, tandis que Christophe Nick, l'auteur du documentaire, en déduit que "la télévision est mûre pour accueillir un jeu où le but consiste à tuer son prochain".

Conclusion sans doute un peu exagérée, non ? "Cette expérience est terrifiante parce qu'elle montre que nous obéissons davantage à la télévision qu'à n'importe quel pouvoir, conclut-il dans L'Expérience extrême , un ouvrage (aux éditions Don Quichotte) qui relate les détails de cette aventure humaine aux confins de l'horreur. C'est la dérive de la télévision commerciale vers des programmes de plus en plus violents qui a banalisé la torture sur un plateau." Un réquisitoire qui sera débattu juste après la diffusion du documentaire le 17 mars prochain, autour de Christophe Hondelatte.

L’”ultra-gauche”, version jardinage

Ils sont désobéissants, anarchistes, font des opérations commando la nuit. Aux Etats-Unis et au Canada, rien n’arrête la “guerilla gardening”.

Ces gangs de l’arrosoir ciblent les zones en friche bouffées par les mauvaises herbes, les quartiers oubliés par l’embellissement fleuri. Ils y plantent, dans la plus parfaite illégalité, arbres et fleurs, de préférence d’entretien facile et peu gourmands en arrosage.

Des citoyens autonomes qui décident de se réapproprier les paysages urbains, si importants pour l’image que l’on se fait de son quartier. Le phénomène a gagné Londres et Berlin et une véritable internationale du “jardinage de combat” se met en place, avec échange de techniques discrètes et de bonnes graine.

Comme nos guerilleros des caténaires SNCF, ils “vandalisent” des lieux publics, qu’ils jugent mal gérés par les autorités. Mais là, les citoyens sont avec eux et pratiquement inattaquables en justice, tant un procès risquerait de tourner à leur avantage. Ou quand les anars sont sympas…

>>>le blog d’un guerillero londonien
>>>le “guerilla gardening” sur Wikipedia
>>>Dans le genre, le graffiti en mousse

Source : blog Le Monde 12 novembre 2008

Le guide gratuit de nos droits face à la police et face à la justice


Une video sur les stages des Désobéissants (2mn 50s)
L'Institut Albert Einstein

L'Institut Albert Einstein, spécialiste des recherches sur la non-violence active, répond aux pincipales questions que l'on pose généralement aux activistes non-violents.
Certaines de ses publications sont disponibles en téléchargement en français.

Le témoignage d'un désobéissant pendant le rassemblement anti-G8

Heiligendamm : Allemagne, juin 2007
Partie 1 :
"Mercredi 6 juin, 3 heures du matin. ça hurle dans tous les coins. Je m'éveille en sursaut, et en un instant tire la fermeture de l'ouverture de ma tente. Je dors tout habillé et le duvet est ouvert : c'est plus rapide en cas d'urgence. Je sors alors ma tête, et essaye de me réveiller. Brouillard total. Soudain, des ombres traversent l'espace en courant. Au loin, une voie continue à gueuler « Alertaaaaaaa ! »...
L'ambiance est posée. Je vous écris ce message depuis une tente Indymedia au camp de Reddelich. Il fait une sacré chaleur, aujourd'hui. Ma journée en taule hier était plus fraîche. C'est peut-être aussi que je n'ai pas encore dormi. Juste à côté de moi, radio-G8 donne régulièrement les dernières nouvelles en allemand, anglais, et juste en ce moment en français ! Ceci illustre le haut-niveau d'organisation du camp et des activistes. De l'avis de tous, ce contre-sommet marque incontestablement une avancée remarquable aussi bien en terme de mobilisation, d'organisation, que de radicalité...
Fausse alerte. On le comprend rapidement, alors que l'alarme cesse peu à peu, et qu'on se rend bien compte que sur notre barrio « Bicycle Caravan Belgium », on est pas bien nombreux à s'être sorti du pieu ! Je me rendors rapidement. Demain, nous nous lèverons tôt pour prendre la route en vélo.
7h30 : Nous partons à seize sur nos vélos en direction de la zone nord-ouest, du côté de Steffens-Hagen. Notre objectif est de rouler en délégation en direction de Kulhungsborn, au nord ouest de la zone interdite, en longeant la route à la limite de la première zone de sécurité. Pique nique en bord de mer à l'arrivée? On ne sait pas encore bien. A mi-parcours, nous entrons dans un bois, que nous traversons. Derrière nous, une file d'une dizaine de véhicules. Un ruban adhésif jaune a été tendu entre deux arbres, coupant la route.
On s'arrête un instant. Un véhicule de police est juste derrière nous, comme à chaque instant, dans la région.
Il nous voit parfaitement hésiter un peu, demander aux véhicules de patienter. Nous faisons un peu les malins et saisissons cette opportunité pour prolonger quelques minutes le temps de l'embouteillage. John, qui est à côté de moi, manque de se faire écraser par une vieille, dont le fils sort en furie pour le pousser et le dégager de devant la voiture : « I must work ! » dit-il. Je lui fonce dessus avec mon vélo en hurlant « Peace men! » C'est assez utile d'être grand parfois : l'abruti rentre dans sa voiture, ferme la fenêtre et s'enferme à clé...
Finalement, les uns et les autres soulèvent le ruban de scotch qui dit « Make capitalism history ! » en référence à la gentille campagne des ongs et associations de 2005 qui disait « Make poverty history », tout à fait hypocrite quand on sait le projet des « saigneurs » du G8 qui rêve eux de « Make poor's people history. ».
On passe dessous les uns après les autres, et continuons notre route. 100 m plus loin, on laisse sur le côté droit de la route un genre de panneau de signalisation en travers de la route. 200 m plus loin, après un tournant, ce sont plusieurs cars de police garés sur le côté gauche, et qui commencent à sortir des véhicules. Etant en tête de cortège, je les dépasse sans être inquiété, mais je vois que les autres se font arrêter. Nous sommes 5 ou 6 à revenir alors sur nos pas. Contrôle des papiers, fouilles : deux groupes sont constitués. Trois d'entre nous ont des couteaux (Un Opinel, un couteau suisse) et des ficelles, un autre a un tambour, attaché au vélo avec cette même ficelle qui a aussi servi a attacher un jerrican d'eau. J'ai aussi un rouleau de scotch vert répare-tout dans ma poche. Le flic hésite. Son collègue lui dit que c'est rien. Il laisse tomber et je rejoins le groupe de ceux qui n'ont rien.
S'en suit une attente pas trop claire. On demande des explications, on pense être relachés rapidement à ce moment-là, même si le coup des couteaux nous inquiète un peu pour les trois autres. Plusieurs médias s'arrêtent et filment la scène. TF1 est là. Sylvain parlemente avec eux, tandis que nous sommes 2 ou 3 derrière à chanter « Médias partout, infos nulle part ! » en rigolant. Après quelques dizaines de minute d'attente, une sorte de chef fait un briefing à ses trois sous-chefs. Il me montre du doigt ainsi que Laurent. Nous sommes mis avec ceux qui avaient les couteaux. Les autres sont libres avec interdiction de circuler dans un périmètre de 50km : en gros, n'ont plus qu'à rentrer chez eux. On demande la raison de ce choix : parce que vous avez été identifiés comme les « leaders ». Nous éclatons de rire, et constatons que c'est sans doute pour notre grande taille à tous les deux que nous sommes emmerdés. Quatre bras qui ne jetteront pas de cailloux dans leurs petites têtes...
Transfert direction le centre de détention « Siemens », sur IndustrieStrasse, où nous sommes un par un, photographiés, fouillés, privés de nos affaires. On passe ensuite de bureau en bureau, quelques infos rapides en anglais. Des papiers à signer. On signe rien, on ne dit rien à la police, c'est la règle.
Puis on se retrouve assez vite dans une des cages, avec pour seul ami un petit matelas en mousse de 3 mm, et une vingtaine d'allemands bien sympas, qui ne vont pas arrêter les conneries, les blagues etc... L'ambiance est détendue et à la franche rigolade au début. En fait, la plupart ont étés arrêtés en masse sur un blocage d'autoroute, arrêtant leurs nombreux véhicules au milieu, bloquant tout le trafic. Dans la cage, les « prisonniers » débordent d'imagination.
On fait les singes, c'est vraiment ce qui nous inspire d'abord. Par moment, de grands huhullements canins retentissent de toutes les cages. A plusieurs reprises, les gardiens, qui n'ont pas 25 ans, ferment mal notre porte, et on s'amuse à la pousser sous leur nez, ce qui les agace grandement. La partie supérieure de la cage est couverte d'un filet, fixé par des colsons, régulièrement cassés, ce qui permet des tentatives de sortie assez amusantes. On s'y suspend aussi beaucoup. Le temps est rythmé par les nouvelles arrivées, régulières, les distributions de bouffe (saucisses dans un sac plastique), les sorties clopes et les sorties pipi. Des slogans fusent régulièrement et sont repris en choeur par tous, ce dont se foutent pas mal les policiers présents, totalement indifférents.
La suite, quand j'aurai envie d'écrire... Pour l'instant, je vais profiter du soleil...
(Juste que vous sachiez, à l'heure actuelle, vendredi 8 à 13h, encore 3 d'entre nous sont emprisonnés dans cette saloperie...)
Zoul

Partie 2 :
Privé de liberté, le temps s'écoule différemment. On ne sait pas vraiment l'heure qu'il est. On attend. S'ensuivent des phases d'agitation, puis le calme revient. Souvent après les repas, chacun s'allonge et se tient tranquille. Puis l'ennui, la réflexion. On commence aussi à sentir la privation de la liberté, et vient la colère. On pense à s'enfuir. On pense que c'est injuste. A ce moment là, j'avais aussi l'impression d'étouffer. Puis on regarde autour de soi : la solidarité existe entre les détenus, on te demande si tout va bien, et le moral revient. Alors, on s'extasie devant la créativité des uns et des autres. Dans la cage de droite, 3 hamacs construits avec les couvertures en polyester qui nous ont été distribuées à l'approche de la nuit. A ma gauche, un match de volley s'improvise. Filet tissé de sacs plastiques contenant les repas, ballon de sacs plastiques enroulés et serrés les uns aux autres. A genoux, ça passe le temps, et ça rigole. Parfois aussi, quelques moments de tension : un mec a fait une connerie, tape une gueulante, trois ou quatre gardiens se montrent un peu agressifs, et immédiatement, ça gronde dans les cellules. Et ça se calme. On repense à la raison pour laquelle on est là, et on étudie à nouveau les possibilités de fuite, assez réduites malheureusement...
Vers 20h, commencent les libérations, accompagnés de cris et d'applaudissements « Liberta, liberta, liberta ! ». De ma cellule, tout le monde sort. Nous ne sommes plus que 3. Puis 2. Puis seul. Il est minuit je crois. Je passe aux toilettes. Envie de me barrer de là. Je vois les autres, allongés, couvertures sur le dos, ils dorment à moitié. Jeanne a été libérée. Soulagement pour elle. Jérôme lui a été placé tout seul. Je retourne dans ma cage, tente un hamac, ça marche pas, je suis trop lourd. Je me couche au sol. Finis par m'endormir : la fatigue est là, et que faire d'autre?
Brouillard. Coups de pied. J'ouvre l'oeil. Des mots en allemand. Des bottes. Deux soldats. Deux policiers, en fait. Je sors de mon rêve. Ils sont bien là. Je me lève. Je comprends que je dois les suivre. Les autres sont dehors. J'émerge peu à peu et déjà nous sommes amenés quelque part. J'essaye d'en savoir plus avec les autres. Apparemment, on va être jugés. On nous accuse les 5 d'avoir monté des barricades sur les routes. (en scotch?).
Nous sommes 5. Johnatan, Laurent, Sylvain, Gert et moi. On sort du « chenil ». Des escaliers. Je commence à me réveiller un peu. Un long couloir. Des policiers partout nous entourent. D'autres personnes sont là. Des détenus, des assistantes, les juges aussi apparemment passent dans ce couloir. On nous laisse debout à attendre. Rien bu. Pas d'explications. Pas vu d'avocats personnellement. Les autres si apparemment, enfin pas tous. Je commence à prendre l'ampleur de la situation, imaginer un plus long séjour dans cette taule, ou dans une autre. Envie de pisser. Mais c'est quoi ce bordel ?
Les deux premiers s'assoient par terre. Je refuse. Je reste debout les bras croisés. Le médiateur de la police qui nous accompagne veut me parler de sa chanson préférée du groupe français Tryo. Je l'envoie bouler poliment : « ça fait douze heures que je suis là, je sais toujours pas pourquoi, et jusqu'à preuve du contraire, il est de l'autre côté, de celui de la police, alors il garde ses distances, ok? » ça jette un grand froid dans le couloir. Tout le monde regarde par terre. On m'amène une chaise. Aux autres aussi.
Tout le monde est fatigué. On nous présente alors dans le couloir notre avocat(e). Elle va s'occuper de nous. On doit signer un papier la reconnaissant. Elle a pas eu le temps de me parler, mais les autres lui ont parlé de l'affaire. ça suffira pour moi. Je lui donne quelques éléments en plus qui peuvent jouer en notre faveur. Elle nous annonce direct que tout ce qui se passe ici est un grand n'importe quoi, que les juges sont des imbéciles, qu'elle est scandalisée. Elle s'excuse auprès de nous de cette situation et dit qu'elle va faire tout son possible pour nous sortir rapidement en invoquant les vices dans la procédure. Je vous passe les détails, mais les uns après les autres, ils passent devant le juge, et la sentence tombe. Condamnés. On les garde quelques jours. Dans le couloir, moi je fais le fier, je commence à parler de résistance, de refuser, je fais mon malin. Il reste Gert, Martin et Moi. L'interprète qui traduit le français est épuisée, elle bosse depuis 3 jours presque non stop, comme les avocats d'ailleurs. Elle fait une pause. Martin reçoit sa décision en allemand, langue qu'il ne comprend pas du tout, comme moi.
L'avocat de Gert a une idée : si l'interprète s'en va, et qu'on ne la remplace pas, nous ne pouvons pas passer devant le juge en théorie. On convainc l'interprète de se casser sans trop de difficultés. 90% de chances qu'on soit libres rapidement. Laurent devra rester jusqu'au samedi minuit. Il est dégouté. Martin sortira samedi matin à 10h. Il manque d'envoyer valser les sièges dans le couloir. C'est à ce moment que je reprends confiance et pense que je vais sortir. Je provoque le juge, les policiers. Gert me supplie de me calmer. J'exige d'aller aux toilettes. Une personne du tribunal refuse que j'utilise les toilettes. Je lui crie qu'on a certainement pas la même chose entre les jambes d'une manière vulgaire et en anglais s'il vous plait ! Je commence à faire semblant de pisser entre le mur et un policier qui me garde, à siffloter des chants révolutionnaires.
On finit par m'accompagner. Aux toilettes. Pas à chanter. J'essaye de convaincre le flic qui me surveille de résister, de ne pas accepter ça. De venir de notre côté, d'arrêter de servir les puissants. Je lui parle de son père qui n'aura pas de retraite, de son fils qui ne trouvera pas de job et finira dans la police. Il dit qu'il ne peut pas. Je lis dans ses yeux la résignation et la tristesse. Je prends pitié de lui et lui fous la paix.
En arrivant devant les toilettes, 4 policiers sont alignés. J'hésite à lancer un « Zieg hei, zieg hei » moqueur, mais me retiens. Pas la peine d'être con comme eux. Sur le chemin du retour, je parle à mon flic de la guerre partout, des mômes qui meurent de faim, de notre arrestation arbitraire, des mensonges de ses collègues, de tout ce cirque, et finis par lui dire qu'il doit comprendre pourquoi ils se ramassent des caillasses et qu'il ne devra pas s'étonner quand les plus fous d'entre nous commenceront à leur tirer dessus au fusil. Il se tait. La mine serrée.
Encore une heure d'attente dans ce couloir. Je suis chaud bouillant. Envie de tout péter. L'avocat s'amène. « Tu es libre. ». Je ne suis pas content. Deux minutes s'écoulent. Gert est libre. Les potes sont en taule pour 3 jours, et nous sommes libres. C'est dégueulasse, rien ne le justifie. J'ai encore plus la rage. Je récupère mon sac et ma veste. Je porte ma capuche et mes lunettes. Et provoque tout le monde dans cette prison de merde. On s'étonne sur mon passage. Donnez moi mes papiers, mon téléphone, mon vélo et je me casse. Et non. Panne informatique. Windows de merde. On va encore passer deux heures à attendre, à gueuler, à obtenir un café froid infect, que je manque de leur cracher à la gueule.
Je montre de la rage pendant ces deux heures, mais au fond de moi, je me sens bien, je le prends cool. J'ai juste envie de leur faire sentir leur nullité, leur connerie !
Finalement, ces cons gardent mon cheich, offert par mon pote le «général» Bouba de Gao au Mali, qui était dans mon sac. J'essaye de parlementer. Rien à faire. Ils le gardent, et ils savent pas où est mon vélo. On peut encore attendre 10 minutes pour appeler quelqu'un qui saura peut-être où ils sont. Ras le cul. On se casse. Ouvrez cette porte. Chao. Bye. A jamais. Il fait beau. Le soleil monte dans le ciel.
Libre. Avec Gert. Stressé le Gert. Il veut pas retourner dans cette cage. Il a peur de se faire arrêter de nouveau.
Dehors, deux amis. Nico et Anne. Ils attendent depuis des heures. Super plaisir. Un café, des biscuits, un peu de chaleur humaine. Un convoi de détenus libérés part dans la minute direction le camp de Reddelich. Je me joins à eux. Des blocages partout sur les routes. Le trajet qui se fait en quelques dix minutes, se fera en une heure et quelques... A la radio, on se réjouit d'entendre que les blocages sont un succès. Sylvain a été libéré seulement quelques heures avant. La mobilisation commence tout juste pour sortir les autres de là. On fonce sur le net, et au boulot ! La suite, vous la connaissez plus ou moins...
Nombreux sont ceux qui s'inquiètent : je vous rassure, je vais 100% très bien ! Je suis en pleine forme. La prison en Allemagne, ce n'est pas le Togo !
(Vendredi soir 19h30. Martin et John viennent d'arriver au camp. Jérôme devrait être libéré à 22h ce soir.)
Epilogue : On pourrait retenir de tout ça notre petite aventure. Scandaleuse, mais que je tourne à la comédie dérisoire en comparaison des injustices que connaît quotidiennement une grande partie de la population mondiale. Parce qu'on tolère des politiques dégueulasses, des politiques au service du fric et qui méprisent les hommes. Ces politiques se décident en haut-lieu. Le G8 est un de ces hauts-lieux où se décident ces politiques. C'est pourquoi nous le combattons et le déclarons illégitime. Depuis des jours, nous avons lu la peur, le doute dans les yeux de nombreux interlocuteurs. Les choses changent. La colère grandit, partout, et le rapport de force pourrait bien tourner un jour en notre faveur. Le G8 n'a pas été bloqué. Mais la police a reculé devant 10 000 manifestants pacifiques, le jour où nous avons été arrêtés, faisant du vélo. Leur barrière à 15 millions d'euros a cédé par endroits sur plusieurs mètres. Ils ont été obligés de déplacer beaucoup des délégués par la mer, et de renverser les zodiacs de Greenpeace. Un jour viendra, où ces présidents ne trouveront plus un coin de la terre ou se réunir sans se voir opposer une résistance massive, et où ils finiront par s'envoler en hélicoptère du batiment assiégé par des centaines de milliers de personnes qu'aucune armée n'aura pu arrêter. Ce jour, c'est demain.
En attendant, on continue à vivre autrement au jour le jour, et c'est déjà ça de gagné...
Zoul - http://www.zoulstory.com

L'appel à la Résistance

La video et le texte de l'Appel des Résistants, pour les 60 ans du Programme du Conseil National de la Résistance adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944, lu par les figures historiques de la Résistance.


L’appel des Résistants

14 Mars 2004 - Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et transmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.

Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.

Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais :

- Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités économiques », droit à la culture et à l’éducation pour tous, presse délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc.

Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ?

Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.

- Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.

- Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection :
Créer, c’est résister.
Résister, c’est créer.

Signé : Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.


Éloge de la désobéissance civile
Revue Alternatives Non Violentes n°142
Où situer la désobéissance civile en philosophie politique ? Cette notion, apparue chez Thoreau, définit depuis Gandhi une action collective qu’il convient de distinguer de l’objection de conscience et de la désobéissance criminelle.
Regards sur les actions des Faucheurs Volontaires, RESF,... Des déboulonneurs de pub plaident au tribunal pour la désobéissance civile. Vaut-il mieux parler de désobéissance civique ou de désobéissance civile ? Pourquoi désobéissance civile et non-violence vont-elles ensemble ? Les désobéisseurs au service du droit. Bibliographie….


Les nouveaux militants

Le dossier du magazine TOC d'avril 2007, consacré aux nouvelles formes de militantisme. 8 pages, 2 Mo au format PDF.

 

Notre force : la désobéissance civile

Article paru dans le journal "Union Pacifiste" n°447, Mars 2007

« Une minorité est sans pouvoir tant qu’elle se conforme à la majorité ; ce n’est même pas alors une minorité ; mais elle est irrésistible lorsqu’elle fait obstruction de tout son poids. […]
Si un millier d’hommes devaient s’abstenir de payer leurs impôts cette année, ce ne serait pas une initiative aussi violente et sanglante que celle qui consisterait à les payer et à permettre ainsi à l’État de commettre des violences et de verser du sang innocent. C’est là, en fait, la définition d’une révolution pacifique, si tant est que pareille chose soit possible. »

LES LIGNES de ce chapeau, extraites de La Désobéissance civile – Du devoir de désobéissance civique d’Henri-David Thoreau, en 1849, auraient pu figurer en préambule du « Manifeste des Désobéissants ». Ce manifeste a vu le jour en novembre, après la deuxième inspection du Centre d’essais des Landes et de la Méditerranée (CELM) contre le test du M 51.
C’est en covoiturage que La squaw s’est rendue, le dernier week-end du mois de janvier, au deuxième stage organisé par ces nouveaux désobéissants.
À la place du tipi de Biscarosse, une structure d’accueil collectif mise à disposition par une sympathisante proche de la Confédération paysanne,.quelque part en Haute-Normandie, a servi de lieu d’hébergement à tous les participants.

Pacifiste radicale

Ma curiosité, piquée par les multiples éléments sur le site www.nonaumissilem51.org, avait hâte d’être dans le vif du sujet pour découvrir les différentes recettes d’actions directes non violentes pour devenir une pacifiste radicale.
La leçon tirée des premiers moments du stage a été : la patience.
Nous avons commencé la matinée par un petit jeu pour tenter de retenir les quarante-neuf prénoms des présents. Comme nous venions tous d’horizons différents, tant géographiques que militants (ou non), il m’était impossible de compter sur le fait d’en connaître déjà beaucoup. Et maintenant je peux l’avouer, j’en ai retenu très peu.
Ensuite, nous avons appris le langage des signes, ou du moins comment tenir une discussion tous ensemble, sur des sujets sensibles (tenant à coeur pour chacun), tout en respectant un certain temps de parole : faire en sorte de ne pas couper l’intervention de quelqu’un, en évitant qu’il s’installe dans une logorrhée, emporté par ses propos, en permettant à tout le monde de s’exprimer, etc.
Puis, survient une séparation, mais non déchirante (non-violence oblige), du groupe pour travailler en atelier. Face à des questions, il nous appartenait de répondre en nous déplaçant dans une pièce vers des repères où il était indiqué : violent, non-violent, je le ferais, je ne le ferais pas. S’en sont suivies des discussions intéressantes et, surtout, une prise de conscience de ses propres limites, une analyse plus poussée de certaines situations car abordées sous un angle différent et en commun.
Arrivent les jeux de rôle : pour être pratique et pragmatique, nous nous glissons dans le rôle de manifestants ou de représentants des forces de l’ordre. Là encore, les réactions des uns et des autres, les réflexions poussent à réfléchir sur son propre comportement, sa propre notion de la violence ou de la non-violence.
Avant le dîner, description par un génial « M. Géo Trouve-Tout » des différentes techniques pour s’enchaîner, résister le plus longtemps possible au « déménagement » par les gendarmes ou CRS de manifestants un tantinet envahissants. La méthode de la tortue en est une très simple, qui demande néanmoins une certaine souplesse de nos membres.
Le lendemain, exercice pratique de ce que nous avions vu et entendu. Mise en situation : inauguration du salon Minatec1. Des activistes ne l’entendent pas de cette oreille et sont bien résolus à jouer les troublions. Un groupe forme les manifestants, un autre, les forces de l’ordre. Il y aura des journalistes, Mme le Maire et le responsable du Salon.
Après notre fausse manifestation (fort réussie et très enrichissante dans son analyse), des ateliers se déroulent avec pour thèmes : utilisation des médias, attitude face aux arrestations et conseils juridiques, ateliers pour préparer de réelles actions directes non violentes…
La description du déroulement de ces deux journées est certainement moins intéressante que le fait d’y participer (que diriez-vous de vous inscrire pour les prochaines ? 2). Sachez que vous y apporterez votre propre connaissance et que chacun est acteur de sa formation en apportant son expérience, sa réflexion, ses idées, ses envies.
Encore quelques précisions : les repas étaient végétariens et délicieux, l’ambiance très conviviale, constructive et stimulante, l’organisation parfaite et sans gourou, la mixité du groupe en nombre assez respectée (peut-être pas assez, à mon goût, vers les cuisines), des participants sans bannières, même si certains provenaient d’associations, et une prise de conscience générale des risques inhérents à ce type d’actions.
Je remercie la personne qui a évoqué la mort de Sébastien Briat, le 7 novembre 2004, qui s’opposait pacifiquement, avec d’autres compagnons, par une action directe mûrement réfléchie, à un convoi de déchets nucléaires partant de La Hague pour Gorleben (Allemagne). Malheureusement, il semble que la mort d’une personne ne soit considérée que comme un « dégât collatéral » par l’industrie nucléaire et comme un fait divers par la presse. Deux ans plus tard, soit le 10 novembre 2006, la Cogema et la SNCF renouvelaient ce transport funéraire : un nouveau convoi ferroviaire de déchets nucléaires est parti de Valognes vers l’Allemagne.

Méfions-nous des programmes et des doctrines

On nous rebat les oreilles pour nous préparer au bon geste citoyen en allant voter. J’estime que (et je n’engage que moi dans les propos qui suivent) la désobéissance civile est un geste bien plus citoyen et politique que celui de glisser un bulletin dans une urne et de s’en remettre ainsi à des personnages.
Ils sont certes élus démocratiquement, mais dès qu’ils sont assis sur le siège du pouvoir ils s’empressent d’édulcorer, voire d’oublier totalement leurs promesses préélectorales.
Les exemples ne manquent pas. À moins d’être frappé d’amnésie, ils affluent nombreux : le logement, l’immigration, le chômage (épouvantail brandi pour grignoter le Code du travail et remettre des chaînes aux chevilles des salariés), l’écologie (celle drapée dans une mode « verte », mais ne remettant pas en question la course à la consommation de tout et tout de suite), etc.
Comment est-il possible de continuer à croire qu’un gouvernement osera aller à l’encontre d’une politique capitaliste, installée depuis des décennies ? Où le résultat d’exploitation de cette politique n’est autre que
celui des bénéfices, quitte à inscrire dans le compte pertes et profits des cadavres, des morts-vivants (ces victimes peuvent avoir une appellation non contrôlée : les dégâts collatéraux). Bénéfices, évidemment répartis entre les différentes classes dirigeantes, mais certainement pas pour le bien-être de la population.
Pour ma part, la désobéissance civile doit redevenir (car elle ne sort pas du chapeau de quelques énergumènes utopistes, mais a déjà été mise en pratique, et l’est de nos jours par un petit nombre de militants dans des réseaux) un contrepoids à cette politique pernicieuse, qui n’hésite pas à s’entourer de moyens militaro-policiers pour asseoir ses pouvoirs. Certaines personnes, individuellement, l’appliquent également dans leur quotidien, par des actes simples et concrets.
Cette force, individuelle ou groupusculaire, gagnerait en efficacité si, à des moments opportuns, elle était réunie et participative. C’est pourquoi, il est important de se rassembler et de prendre part à des actes de désobéissance tels que fauchage OGM, occupation de locaux, blocage de convois nucléaires, soutien aux sanspapiers, action lors de salons de ventes d’armes, résistance à la publicité, à la consommation forcenée… (pourquoi pas Faslane ? cf p.14)
Il est temps de nous réapproprier les moyens et l’espace de nos contestations et de ne pas laisser le terrain aux personnes tentées par des actes violents pour se faire entendre (même si nous pouvons en comprendre les causes).
C’est ce que propose le « Manifeste des Désobéissants », et à travers lui les individus qui souhaitent « former un réseau informel de militants de l’action directe non violente. Parce que nous voulons nous battre pour la défense de la vie et de la justice sociale, nous avons décidé de nous organiser en un groupe de volontaires prêts à agir de manière directe et non violente aussi souvent que nécessaire/possible. »
Faucheurs d’OGM, activistes écologistes, démonteurs de panneaux publicitaires, antimilitaristes, pacifistes, clowns activistes, hébergeurs de sans-papiers, etc. La liste est longue de ces « empêcheurs de tourner en rond » qui pensent que, ensemble, dans l’action directe non violente, il est possible de transformer radicalement la société et, de ce fait, permettre la survie de tous dans un monde redevenu vivable (allez pour se faire plaisir, sans armes et sans armées).
Il est long ce chemin de prise de conscience, et combien de fois ai-je été plus que déçue.
La dernière « gifle » fut celle du soubresaut de beaucoup d’entre nous lors des manifestations contre le CPE, réprimandées très violemment par les forces de l’ordre (au fait comment se porte le soi-disant manifestant bourré qui se fit piétiner par les CRS place de la Nation ? Quel média a donné de ses nouvelles lorsque le CPE n’était plus à la Une ?).
Prise de conscience hypocritement cadenassée par les représentants syndicaux qui, le moment venu, décident simplement qu’il faut rentrer à la maison préparer l’album souvenir.
Patience, ai-je formulé plus haut.
Les utopistes sont en marche.

La squaw

1. Sommes-nous résignés à la surveillance permanente, omniprésente et sournoise ? À être tracés dans nos achats, nos déplacements, nos activités, nos contacts – dans les moindres aspects de notre vie sociale et quotidienne ? Le 1er juin 2006, à Grenoble, l’inauguration de Minatec a fait de la ville le premier pôle européen pour les nanotechnologies. Après le nucléaire et les OGM, c’est le tour des « nanopuces, mais elles fichent un maximum ! ». Si les supports de ces recherches sont infimes (de l’ordre du nanomètre), les retombées risquent bien d’être gigantesques et de bouleverser considérablement notre mode de vie avec, comme sombre perspective, « une société à la 1984 ».
2. Dates des prochains stages 2007 ; 13 au 15 avril (lieu à préciser) ; 26 au 28 mai dans le Vercors. Inscriptions : site www.nonaumissilem51.org ou Xavier Renou : 06 64 18 34 21.

 

De la désobéissance civile

Un texte inédit de Jean-Marie Muller, novembre 2004

Superbe réponse du futur ministre brésilien de l'Education interrogé par des étudiants aux USA...

La presse nord-américaine a refusé de publier ce texte. Pendant un débat dans une université aux États-unis, le futur ministre de l'Éducation Cristovam Buarque fut interrogé sur ce qu'il pensait au sujet de l'internationalisation de l'Amazonie. Le jeune étudiant américain commença sa question en affirmant qu'il espérait une réponse d'un humaniste et non d'un Brésilien.

Réponse de M. Cristovam Buarque :
En effet, en tant que Brésilien je m'élèverais tout simplement contre l'internationalisation de l'Amazonie. Quelle que soit l'insuffisance de l'attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre.
En tant qu'humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu ambiant dont souffre l'Amazonie, je peux imaginer que l'Amazonie soit internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l'importance pour toute l'humanité.
Si, au nom d'une éthique humaniste, nous devions internationaliser l'Amazonie, alors nous devrions internationaliser les réserves de pétrole du monde entier. Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l'humanité que l'Amazonie l'est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des réserves de pétrole se sentent le droit d'augmenter ou de diminuer l'extraction de pétrole, comme d'augmenter ou non son prix.
De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier des pays riches. Si l'Amazonie est une réserve pour tous les hommes, elle ne peut être brûlée par la volonté de son propriétaire, ou d'un pays. Brûler l'Amazonie, c'est aussi grave que le chômage provoqué par les décisions arbitraires des spéculateurs de l'économie globale. Nous ne pouvons pas laisser les réserves financières brûler des pays entiers pour le bon plaisir de la spéculation.
Avant l'Amazonie, j'aimerai assister à l'internationalisation de tous les grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir à la seule France. Chaque musée du monde est le gardien des plus belles oeuvres produites par le génie humain. On ne peut pas laisser ce patrimoine culturel, au même titre que le patrimoine naturel de l'Amazonie, être manipulé et détruit selon la fantaisie d'un seul propriétaire ou d'un seul pays. Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé d'enterrer avec lui le tableau d'un grand maître. Avant que cela n'arrive, il faudrait internationaliser ce tableau.
Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent le Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont eu des difficultés pour y assister, à cause de difficultés aux frontières des États-unis. Je crois donc qu'il faudrait que New York, lieu du siège des Nations unies, soit internationalisé. Au moins Manhattan devrait appartenir à toute l'humanité. Comme du reste Paris, Venise, Rome, Londres, Rio de Janeiro, Brasília, Recife, chaque ville avec sa beauté particulière, et son histoire du monde devraient appartenir au monde entier.
Si les États-Unis veulent internationaliser l'Amazonie à cause du risque que fait courir le fait de la laisser entre les mains des Brésiliens, alors internationalisons aussi tout l'arsenal nucléaire des États-unis. Ne serait-ce que par ce qu'ils sont capables d'utiliser de telles armes, ce qui provoquerait une destruction mille fois plus vaste que les déplorables incendies des forêts brésiliennes. Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des Etats-Unis ont soutenu l'idée d'une internationalisation des réserves forestières du monde en échange d'un effacement de la dette. Commençons donc par utiliser cette dette pour s'assurer que tous les enfants du monde aient la possibilité de manger et d'aller à l'école. Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu'ils naissent, comme un patrimoine qui mérite l'attention du monde entier. Davantage encore que l'Amazonie.
Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde comme un Patrimoine de l'Humanité, ils ne les laisseront pas travailler alors qu'ils devraient aller à l'école, ils ne les laisseront pas mourir alors qu'ils devraient vivre.
En tant qu'humaniste, j'accepte de défendre l'idée d'une internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera comme un Brésilien, je lutterai pour que l'Amazonie soit à nous. Et seulement à nous !
Débat en 2000 avec Cristovam Buarque, qui a été depuis nommé Ministre de l'éducation du Brésil en janvier 2003

The Take L'excellent docu de Naomi Klein sur les réappropriations d'usine par les travailleurs en Argentine
Désobéir Article de Thierry Paquot - Le Monde diplomatique

 

 

 

"Ne doutez jamais qu'un petit nombre d'individus peut changer le monde. En fait, cela se passe toujours ainsi."
Margaret Mead

 

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